Cinq années d’enquête et un constat implacable. Dans un rapport de synthèse de 98 pages adressé à une juge d’instruction et relayé par Le Journal du dimanche, l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) accuse le Rassemblement national d’avoir « mis en place un système organisé frauduleux de détournements des fonds européens à son profit, par le biais d’emplois fictifs d’assistants parlementaires ». Dans le viseur de l’instance, 17 dirigeants, élus et proches du parti, qui pourraient être poursuivis pour « détournement de fonds publics » ou recel de ce délit, l’instruction visant aussi le soupçon d’« escroquerie en bande organisée ».

C’est la conclusion d’une vaste enquête, qui accuse le parti d’avoir abusivement profité de 6,8 millions d’euros en dissimulant des collaborateurs sous le statut d’assistant parlementaire. Au cœur de ce système, la présidente du RN, Marine Le Pen, est désignée comme l’instigatrice et la bénéficiaire principale, elle qui a été mise en examen dans ce dossier. Tout aurait réellement commencé après les élections européennes de 2014, lors desquelles le RN avait obtenu 24 sièges au Parlement de Bruxelles et Strasbourg. Le parti avait alors décidé de centraliser la gestion des crédits alloués aux élus, selon les enquêteurs. Au cours d’une réunion, Marine Le Pen aurait d’ailleurs signifié à ses troupes qu’elles ne pourraient employer qu’un seul assistant par tête et que les autres seraient choisis par elle et affectés au parti. À la tête de ce système, un certain Charles Van Houtte, ami belge de Marine Le Pen. Son rôle, selon l’Oclciff ? Suivre la consommation des crédits par chaque député afin de déterminer sur quelles enveloppes les assistants peuvent être rémunérés.

Mais, face aux enquêteurs, Charles Van Houtte rejette la faute sur sa patronne. Selon lui, seule Marine Le Pen prenait la décision d’imputer le salaire d’un assistant sur l’enveloppe de tel ou tel député. « Vous connaissez Marine Le Pen, tout est très centralisé avec elle », a-t-il expliqué à la juge, précisant que la patronne du RN « joue sur les deux enveloppes » de l’État français et du Parlement européen pour « gérer son parti ».

Autre enseignement de cette enquête : certains collaborateurs dévoués au parti mais payés par les fonds publics européens semblent avoir cumulé indûment des contrats, relaie le JDD. Et l’Oclciff de citer le cas de Thierry Légier qui a bénéficié de plusieurs contrats d’assistant parlementaire alors qu’il était simplement garde du corps de Jean-Marie Le Pen puis de sa fille. Mais aussi celui de Guillaume L’Huillier qui a exercé simultanément la fonction de directeur de cabinet du patriarche Le Pen et celle d’assistant parlementaire local de l’eurodéputé Bruno Gollnisch, sans qu’une trace de cette dernière soit matérialisée.

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