Ils étaient quelque 8 000 à braver l’interdiction de manifester sur l’avenue parisienne. Se revendiquant « pacifistes », le face-à-face avec les forces de l’ordre a rapidement tourné à l’affrontement. Au milieu de l’avenue des Champs-Elysées, un amoncellement de planches, de barrières de chantier, de poubelles en plastique et d’autres objets de mobilier urbain brûle à feu vif, en cette fin d’après-midi samedi 24 novembre, dégageant une épaisse fumée noire. Ils sont une centaine peut-être à l’alimenter, jeunes excités se dressant sur les éléments de cette barricade qui n’ont pas pris feu, drapeau français à la main, au cri de « Tous ensemble, tous ensemble » ou « Macron démission ».

Ce qui rend la scène stupéfiante est ailleurs : ce sont les milliers de personnes en gilets jaune fluo qui observent ce spectacle à distance, reprenant volontiers les mêmes slogans, entonnant aussi régulièrement La Marseillaise. Cernés eux-mêmes par des CRS qui ont fait pleuvoir les gaz lacrymogènes sur eux depuis le matin pour les disperser. Sans y parvenir.

Pleurant, suffoquant, ils étaient quelque 8 000 au total, selon le ministère de l’intérieur, et sont revenus à chaque fois bomber le torse place de l’Etoile. Déterminés. « On ne lâchera rien ! » Restant passifs, à discuter du mépris des élites au pouvoir et de leur rêve d’assemblée citoyenne, mais sur le qui-vive, prêts à détaler à la prochaine salve de gaz… pour mieux revenir occuper les lieux ensuite.

La plupart n’ont rien de dangereux autonomes, anarchistes et autres « blacks blocs ». Fines lunettes, cheveux grisonnants, after-shave, Laurent, 51 ans est informaticien. Ses amis Dominique et Michel, tous deux 56 ans, sont chef de groupe dans le BTP et technicien dans l’électronique. « Ce n’est qu’un début, je pense »,estime Laurent d’une voix tranquille alors qu’il observe la fumée noire. « Ceux qui sont écoutés malheureusement, sont ceux qui cassent, complète Dominique. Y’a quelques dégâts mais ça ne me choque pas… Ceux qui souffrent ont l’impression qu’on ne les entend pas. » Ils racontent ce que tous les « gilets jaunes » interrogés par Le Monde ce samedi racontent : « Nous sommes venus tranquilles ce matin et on a reçu très rapidement des grenades lacrymogènes et assourdissantes. »

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