» Secrets d’Assises «  rédigé par M°Alain Guignard, vient de paraître, est le regard d’un pénaliste rédigé avec Thierry Dromard, Cet ouvrage celui d’un professionnel aguerri est le troisième en un an consacré en grande partie à la justice chalonnaise.
Fin 2019, notre collègue, Florence Saint Arroman avait publié une série de chroniques  » Quand nos vies Basculent « . Des regards complétant celui d’un ancien magistrat de Chalon, Dominique Fegnoli, qui s’est penché sur l’histoire du Palais de Justice de notre ville, publié par l’Académie de Mâcon…

ENTRETIEN AVEC THIERRY DROMARD

– Quelle durée pour la publication, à partir du projet initial élaboré par M° Guignard ?

Dix-huit mois. C’est long. Alain Guignard, accaparé par son activité d’avocat, n’était pas toujours disponible. D’ordinaire, du premier entretien à l’impression du livre, une biographie prend plutôt neuf mois… le temps d’une grossesse.

– Comment ont été retenues les séances d’assises dont une majorité ont également été suivies par vous-même en qualité de chroniqueur judiciaire pour le J.S.L ?

Je ne connais pas tous les dossiers évoqués même si, c’est vrai, j’ai suivi beaucoup de procès d’assises en tant que journaliste de 2000 à 2019. Vingt-six ans avant que j’arrive au JSL à Chalon, Alain Guignard plaidait déjà ! C’est d’ailleurs cette longue expérience, son recul sur le métier qui font tout l’intérêt de son témoignage. Nous avons sélectionné les anecdotes essentiellement au regard de tous les éléments -qui paraissent parfois minuscules- qui peuvent changer la tournure d’un procès, qu’il s’agisse d’une reconstitution, d’une photo, de la récusation d’un juré, de la façon d’un accusé de s’habiller ou de s’exprimer devant ses juges.

– A partir de vos expériences judiciaires, quel regard portez-vous sur le fonctionnement des assises (avec jury populaire)…

Rares sont les procès où j’ai eu l’impression que le verdict n’était pas mérité. Il est arrivé que j’estime la peine très clémente ou pas assez, mais pas souvent. Parfois, on a effectivement l’impression que ça ne tient à pas grand-chose, comme le fait que l’accusé nie l’évidence, qu’il accumule les mensonges ou que la salle manifeste son hostilité, influençant les juges. Un procès d’assises, c’est tout un cérémonial pour juger des faits gravissimes, et on n’attend rien moins que le ou les accusés soient à la hauteur du rendez-vous qui les concerne ! Mais je me doute que cela leur fait peur, parce que leur destin est en jeu.

La question du jury populaire est importante : je crois que, finalement, les juges professionnels apprécient la présence et le regard de citoyens dans le jury, une espèce de contrôle populaire ou démocratique de la justice. Les citoyens eux-mêmes sont étonnés de la minutie de la Justice. Dans la réalité, j’aimerais être une petite souris dans la chambre de délibération et voir quelle influence les juges amateurs ont vraiment. J’imagine que les juges professionnels sont très influents dans ce décorum impressionnant qu’est un procès d’assises, mais pour peu qu’un juré se montre un peu charismatique, ou avec une haute conscience de son rôle…

Un temps a été évoqué la nécessité d’étendre à la correctionnelle pour certaines audiences la présence d’un jury composé de citoyens, qu’en pensez-vous ?

Les audiences correctionnelles sont beaucoup trop nombreuses pour qu’on puisse envisager un tel système, qui deviendrait impossible à gérer : convocations, indemnisations, gestion des absences, rotation des jurés etc. Ce serait l’usine à gaz ! A Chalon, il y a deux séances correctionnelles (entre 5 et 12 procès à chaque fois) par semaine, et seulement une session d’assises de 15 jours (soit 2 à 4 procès) par trimestre. La différence est énorme. Heureusement qu’on dénombre moins de crimes que de délits, d’ailleurs ! Donc une justice efficace, professionnelle, est nécessaire…

– Vous êtes biographe, une profession nouvelle se développe, quelles qualités requises outre rédactionnelles….?

Croquis du  » Progrès » relatant l’audience des assises de Saône et Loire du 28 Janvier 1981, lors cette séance les jurés ont prononcé deux condamnations à mort. Croquis René Diaz – M°Guignard défendait l’un des complices des deux condamnés pour l’assassinat d’un pompiste du centre commercial de la Thalie.

A la différence de la Justice, c’est un métier qui nécessite de ne pas juger celui qui se confie à vous, d’être très à l’écoute, de savoir laisser parler tout en sachant rebondir. Etre curieux, précis, empathique, assez cultivé et perspicace pour relever des faits qui ne collent pas avec l’histoire ou l’Histoire pour aider à les rectifier. Il faut être persuadé que chaque destin personnel est digne d’intérêt, et savoir le dénicher ! Souvent, le client ne se rend pas forcément compte de sa chance d’être passé à deux doigts de la mort, de son courage, de l’importance de son « œuvre » sur cette Terre. Je suis là pour l’aider, pour le mettre en mots…

Publications

  • Secrets d’assises d’Alain Guignard
  • L’Honneur au prix du sacrifice, biographie du colonel Charles Michon, chef des cadets de Saumur en 1940, coécrit avec Pascale Michon. Editions Lamarque Histoire
  • Trahi, touché, mais pas coulé de Martial Janiaud
  • Sous quelle étoile suis-je née ? d’une Chalonnaise*
  • Colette l’indignée, d’une paysanne jurassienne*
  • Avant que je n’oublie, d’un ancien de la Guerre d’Algérie*

*Dans ces cas, il s’agit de biographies destinées à la sphère familiale, je préserve l’anonymat de mes clients.

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