Albert Uderzo est mort. La famille du dessinateur d’Astérix a annoncé, mardi 24 mars, son décès à l’âge de 92 ans. « Albert Uderzo est mort dans son sommeil à son domicile à Neuilly d’une crise cardiaque sans lien avec le coronavirus. Il était très fatigué depuis plusieurs semaines », a expliqué Bernard de Choisy, son gendre, à l’AFP. Imaginé par René Goscinny et Albert Uderzo, l’irréductible Gaulois de la bande dessinée a fait son apparition le 29 octobre 1959 dans le premier numéro de l’hebdomadaire Pilote. Depuis six décennies et 38 aventures, la série Astérix est devenue un « lieu de mémoire » de l’identité française, s’ingéniant à parodier le mythe de « nos ancêtres les Gaulois ».

Uderzo est né en 1927 à Fismes dans la Marne dans une famille d’immigrés italiens. Albert grandit en banlieue parisienne, à Clichy-sous-Bois. Le Journal de Mickey paraît pour la première fois en 1934, l’année où la famille Uderzo est naturalisée française. Daltonien et né avec six doigts (opéré quand il était nourrisson), le petit Albert commence néanmoins à dessiner très tôt, et très bien. Il se plonge aussi avec délectation dans Mickey Mouse, dont les aventures paraissent dans Le Petit Parisien et découvre un peu plus tard le personnage de Popeye, qui restera pour lui une source d’inspiration.

Albert adore dessiner, mais il se voit plutôt devenir mécanicien. C’est son frère Bruno, qui pose le premier jalon de sa future carrière de dessinateur en le présentant à la Société parisienne d’édition (SPE), qui publiait des ouvrages et des magazines pour enfants, comme Bibi Fricotin ou Les pieds Nickelés. Il a alors 14 ans. C’est dans cette maison, où il restera finalement un an, qu’Uderzo apprend les bases du métier : lettrage, calibrage d’un texte, retouche d’image. Il parvint aussi à placer quelques illustrations, comme une parodie de la fable Le Corbeau et le Renard, dans les pages du magazine Junior. C’est là aussi qu’il rencontre l’auteur de bande dessinées Edmond Calvo, qui l’encourage à persister dans le dessin.

A l’époque, son idole, c’est Walt Disney, et il rêve de faire des dessins animés. A la fin de la seconde guerre mondiale, il entre dans un studio parisien, mais l’expérience ne dure pas.  En 1941, Albert se réfugie en Bretagne avec son frère qui fuit le travail obligatoire en Allemagne (STO). Il revient à la bande dessinée après la guerre en répondant à un appel à candidature pour un concours de bande dessinée. Le gagnant sera publié. Uderzo Le dessinateur gagne le concours et voit sont album, Les Aventures de Clopinard, le Dernier des Grognards, publié en 1946. Le personnage Clopinard est un vieux grognard de l’armée napoléonienne, borgne, avec une jambe de bois à ressort, et il a avalé un baril de poudre…

La carrière d’Uderzo démarre. Il achète sa première table à dessin, qu’il conservera toute sa vie. Il collabore au magazine OK, un journal pour jeunes, puis se fait embaucher à France-Dimanche, où en tant que reporter-dessinateur, il dessine l’actualité comme par exemple l’arrestation en direct de Pierrot le Fou.  En 1950, Albert Uderzo est contacté par Yvan Chéron, patron d’une agence de  belge pour faire de la bande dessinée. Il y fait la connaissance de nombreux dessinateurs et se lie d’amitié avec le scénariste Jean-Michel Charlier, qui lui propose d’illustrer de nouvelles aventures de Belloy. La série sera publiée de 1950 à 1954. C’est aussi là qu’il va rencontrer un homme qui va changer le cours de sa vie : René Goscinny qui parlera plus tard de « de coup de foudre mutuel ». De son côté, Uderzo qualifie cette rencontre de « capitale et décisive ». Une incroyable complicité s’installe entre le scénariste et le dessinateur. Goscinny écrit ses histoires avec en tête la manière dont Uderzo les mettra en images. « Moi, c’est l’autre », dit-t-il. Ils créent Jehan pistolet le corsaire, puis Oumpah Pah le peau-rouge.

En 1959, dans un HLM de Bobigny, où habite Uderzo, entre cigarettes et pastis, ils inventent un nouvel univers tout en « ix », avec une bande d’irréductibles Armoricains. L’idée serait née au cours des séjours en Bretagne pendant la guerre du frère aîné d’Albert, Bruno, désireux d’échapper au STO (Service du travail obligatoire). Anti-archétype du Gaulois viril, Astérix fait son apparition dans le premier numéro du magazine Pilote en octobre 1959, à la page 20. Le numéro s’arrache. Cette même année, Uderzo crée, avec le scénariste Jean-Michel Charlier, Les aventures de Tanguy et Laverdure, un succès (c’est le frère cadet d’Albert, Marcel, qui s’occupa en partie des couleurs).

En 1961, paraît Astérix le Gaulois, premier album d’une longue série. Rapidement, le dessinateur aux traits si expressifs ne se consacrera plus qu’aux aventures du Gaulois à gros nez. Depuis 1959, les albums d’Astérix se sont écoulés à 380 millions d’exemplaires en 111 langues. Le dernier opus, La Fille de Vercingétorix, réalisé par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, est sorti en octobre 2019, pour le 60e anniversaire de la création de la bande dessinée.

Après la mort en 1977 de René Goscinny, et après 24 albums publiés ensemble, Uderzo quitte Dargaud, son éditeur historique, pour fonder sa propre maison, les éditions Albert-René, et reprend le flambeau pour huit Astérix en solo (sans compter les albums anniversaires et de récits courts). « On ne m’a pas fait de cadeaux. Oui, bien sûr, je souffre d’un complexe ‘Goscinny’ mais on me le crée aussi », disait-il en référence à la presse jugeant ses albums moins bons que ceux du tandem. Pourtant, ils ont fait un tabac auprès du public. A l’instar d’Hergé pour Tintin, Uderzo ne voulait pas de nouveaux Astérix après sa mort. Il a finalement changé d’avis. En 2011, souffrant d’un rhumatisme articulaire à la main droite, il passa le relais (en accord avec Anne Goscinny, unique ayant-droit de son père) à des auteurs plus jeunes, tout en suivant de près leur travail, là encore couronné de succès.

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